Paris web 2009, le retour 7


Je reviens de Paris Web 2009 et j’en profite pour livrer mes impressions (l’esprit encore tout bouleversé)  de ces 2 jours de conférence (je n’ai malheureusement pas pu assister aux ateliers du samedi). Tout d’abord, je souhaite donner un grand coup de chapeau à toute l’équipe de Paris Web. Ils ont abattu un travail énorme pour nous assurer un cycle de conférences d’une exceptionnelle qualité. Jugez plutôt, pas moins de 43 orateurs se sont relayés dans 2 amphithéâtres et 16 ateliers. Et pas des moindres :

  • l’inénarrable et inébranlable (il a été orateur à tous les Paris Web depuis leur création !) Daniel Glazman, co-chairman du Working Group CSS au W3C
  • la pétulante Molly E. Holzschlag d’Opera Software et accessoirement éminent membre du Working Group CSS et expert au Working Group HTML
  • Tristan Nitot, jamais avare de bons mots, président de Mozilla Europe
  • le globe-trotter, Karl Dubost, ancien employé du W3C et Directeur technique chez Phéromone
  • le réjouissant Charles McCathieNevile, chief Standards Officer chez Opera Software
  • la charmante Amélie Boucher, ergonome reconnue pour ses travaux et son très bon livre sur l’ergonomie des sites web
  • Eric Daspet, responsable innovation et consultant chez SQLi mais surtout évangéliste d’un web ouvert, expert francophone en PHP et un des pères fondateurs de Paris Web
  • et j’en oublie mais la liste complète se trouve sur le site de Paris Web

Finalement, tout le beau monde de l’Open Web était présent. Alors que retenir de ces 2 jours de conférence ?

  1. parmi les infos exclusives divulguées, une est particulièrement ressortie et a notamment marqué les esprits : la prédiction de Daniel Glazman ! Selon lui, et je suis tout enclin à le croire, IE 6 sera devenu une part négligeable du marché des navigateurs en mai 2010 et aura complètement disparu en mai 2011. Je ne sais pas sur quels chiffres il s’appuie mais je le crois, la courbe d’utilisation IE6 va dans ce sens. Au final, est-il encore opportun de perdre du temps, de l’énergie et donc de l’argent sur la compatibilité multi-navigateurs en y incluant IE6. Je suis un fervent défenseur de l’arrêt du support d’IE6 (et au moins dans un premier temps du support partiel que j’appelle souvent “dégradation propre”) et ce pour 2 raisons :
    • les utilisateurs d’IE6 le sont sur leur lieu de travail donc pas forcément dans la cible directe d’une application web (sauf cas des intranets antédiluviens ou d’application de type B2B particulière) et finalement, dans notre métier, nous avons une responsabilité importante vis à vis des utilisateurs (je ne parle pas que de nos clients mais bien de l’ensemble des internautes), à savoir, engager un processus pédagogique d’évangélisation et de sensibilisation à la qualité finale de l’expérience utilisateur qu’ils sont en train de vivre. Rendre compatible une application web avec IE6 est une contrainte forte à la créativité et à l’innovation, en plus d’être une aberration commerciale !
    • sinon, il s’agit d’un choix délibéré de leur part et il convient de se poser la question de savoir si ils font vraiment partie de la cible de notre projet et si par conséquent il est opportun de dépenser une fortune pour rendre notre application compatible avec ce navigateur en sachant que le ROI n’est absolument pas assuré. Cette cible et son coût d’acquisition intéresse-t-elle vraiment notre client ? Je ne crois pas tant les coûts de mise en compatibilité deviennent exorbitants avec la complexification des applications web.
  2. nous avons un devoir d’éducation, au sens pédagogique, envers les internautes. Il convient de leur fournir un produit de qualité, respectueux des standards (et j’y tiens) et interopérable. En cela les démarches de plusieurs entreprises du web sont assez condamnables. Plusieurs ne se sont d’ailleurs pas privés… non, je ne donnerai pas de nom ;-) On pourra citer sans fournir un classement mais juste un pêle-mêle :
    • Apple et l’iphone pour sa fermeture et son contrôle du marché des applications par l’AppStore bridant ainsi l’innovation et la créativité des développeurs
    • Microsoft pour son retard incroyable avec les standards sous IE8 et sa faculté à répondre à un marché plus qu’à une compatibilité… mais ils se soignent… paraît-il
    • Apple qui s’offre une deuxième entrée dans la liste pour son brevet et, donc, sa demande de royalties sur la mise en place des mises à jour sur les widgets et qui bloque la normalisation de “Widgets 1.0: Updates”. Le W3C lance d’ailleurs un appel pour trouver des utilisations antérieures à ce brevet pour l’invalider.

    D’ailleurs, c’était assez comique de voir tous ces évangélisateurs d’un web ouvert avec leur iphone et autre Macbook pro… crédible ?

    Mais avoir une action pédagogique ne signifie pas simplement de fournir un produit aux standards mais également orienter l’utilisateur final vers une interface qui lui offre la bonne (sinon la meilleure) expérience utilisateur. On en revient à l’infatigable débat sur IE6 qui gangrène les développeurs web depuis 11 ans et qui continue à brider l’innovation technologique des applications web :  le lissage par le bas ! Un des leitmotive de ce Paris Web 2009 fût donc l’abandon pur et simple d’IE6. Oui… facile à dire ! Cependant la réalité du marché est celle qui nous fait vivre, on ne peut pas encore dire à nos clients qu’on ne supportera pas ou peu (mode dégradé)  IE6 dans l’application qu’on est en train de lui construire sans qu’il y ait des grincements de dents.

L’avenir des standards nous promet de belles choses. La conférence de Tristan Nitot et de Paul Rouget fût à ce point magistrale que tous les geeks présents en furent bluffés. En effet, hormis le sketch bien huilé de 2 personnes qui se respectent et s’admirent mutuellement, la démonstration technologique HTML5/CSS3 (certes sur un Firefox 3.7 en pré-alpha) a scotché l’ensemble de l’assemblée : détection de l’accéléromètre dans le navigateur, filtres CSS sur des vidéos et sur du canvas 3D… Ces technologies laissent augurer d’un web plus puissant, plus interactif et plus ergonomique… que du bonheur !

Pour conclure : une manifestation excellente en tous points. Par des professionnels, pour des professionnels. Le seul regret que je puisse y voir, c’est qu’il faille attendre une année pour y retourner et recharger les batteries !

En tout cas, une superbe présentation de la boite à outils magnifique que nous avons maintenant entre les mains… à nous de jouer !

Pour finir, quelques bonnes photos http://www.flickr.com/groups/parisweb2009/

Post By David Lafon (87 Posts)

David Lafon est blogueur sur Web-intention.com, consultant UX, responsable qualité web et co-fondateur de w3qualité.net.

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7 commentaires sur “Paris web 2009, le retour

  • pfffff

    “Apple et l’iphone pour sa fermeture et son contrôle du marché des applications par l’AppStore bridant ainsi l’innovation et la créativité des développeurs”
    (…)
    “D’ailleurs, c’était assez comique de voir tous ces évangélisateurs d’un web ouvert avec leur iphone et autre Macbook pro… crédible ?”

    Donc en gros, tu demandes de pouvoir faire des applis développées exclusivement pour l’iPhone, plutôt que de faire des webapps comme Apple le recommande depuis le début, et qui fonctionneront aussi sur un large panel de téléphones de toutes marques ?
    C’est super cohérent avec le web ouvert que tu dis souhaiter vouloir.

    Bien sûr, toute la doc est accessible à tous : http://developer.apple.com/safari/library/navigation/index.html

    • David Lafon Auteur du billet

      Apple recommande de faire des webapps compatibles avec tous les smartphones mais quelle est la boite ou la personne qui a mis un pistolet sur la tempe de Steve Jobs pour le contraindre à faire des applis exclusivement pour l’iPhone en contraignant les développeurs comme il le fait ?
      Non ce que je dis, c’est que les développeurs d’applications iPhone n’ont que très peu de visibilité avec les contraintes et la marge exigée par Apple pour l’AppStore : difficile d’engager un budget quand on ne sait pas si l’application qu’on développe pourra être vendue chez le seul commerçant qui vend des apps. Faire un format ouvert mais bloquer le marché est juste une attitude pour se donner bonne conscience mais en aucun cas une preuve d’ouverture. Ensuite, je trouvais quelque peu aberrant (d’ailleurs Tristan Nitot l’a lui même reconnu au cours d’une conférence) de voir une grande partie des conférenciers prôner un web ouvert et utiliser des MacBook Pro… Je persiste, Apple est tout sauf ouvert. La firme exerce un contrôle sur ses produits comme aucune autre (même Microsoft n’a pas réussi à en faire autant et pourtant).

      Bref, oui Apple s’achète une bonne conscience mais se fait vite rattraper par ses démons. Elle s’engage dans les working groups du W3C mais elle fait valoir ses droits à royalties sur un pseudo-brevet alors que la politique générale du W3C (politique qu’Apple a accepté en entrant dans le consortium) est justement royalties free. Là où c’est encore plus navrant, c’est qu’Apple le rappelle dans sa page à propos du W3C.
      C’est dommage, leur puissance d’innovation est phénoménale mais trop orientée sur le marché aux détriments des utilisateurs (un Mac user n’est qu’un utilisateur converti qui ne voit bien souvent qu’un aspect du problème et occulte les autres). Je reconnais volontiers la qualité et l’ergonomie de produits Apple mais j’ai beaucoup de mal avec cette politique en trompe-l’oeil.

  • pfffff

    tiens c’est marrant, je croyais avoir répondu.

    “Je persiste, Apple est tout sauf ouvert. La firme exerce un contrôle sur ses produits comme aucune autre (même Microsoft n’a pas réussi à en faire autant et pourtant).”

    NTFS : specs fermées – HFS+ : specs ouvertes
    Noyau Windows : fermé – Noyau OS X : ouvert
    Code de Trident : fermé – Code de Webkit : ouvert
    Serveur Web livré : Windows IIS, fermé – OS X Apache : ouvert
    etc, etc…
    Ajoute Grand Central Dispatch qui a été ouvert, l’embauche du type qui fait CUPS dont OS X se sert pour l’impression…

    Bon et puis si on parle Web, va faire un tour du coté du W3C et cherche tout ce que propose Hyatt et les gens embauchés par Apple, genre :
    http://www.w3.org/TR/html5/
    http://www.w3.org/TR/css3-animations/
    http://www.w3.org/TR/css3-2d-transforms/
    http://www.w3.org/TR/css3-3d-transforms/
    http://www.w3.org/TR/css3-transitions/

    Tu as été impressionné par les démos made in Mozilla ?
    Mais sur quoi elles reposent ? Canvas (Apple), et un bon paquet de choses ci-dessus, non ? Même pour ce qui est de WebGL (auquel Apple ne participe pas, semble t’il), Webkit était un poil en avance (d’une semaine).

    Et donc proposer des standards, les implémenter rapidement c’est être fermé “pire que Microsoft” ?

    Et ne vient pas me ramener l’iPhone comme seul exemple qui prouve qu’Apple est pire , parce que MS met en place un marketplace du même genre pour Windows Mobile, et l’accès à celui de la XBOX n’est pas libre non plus. Et si tu connais l’histoire de MS, comment DRDOS a été éliminé, le Java version MS, le code HTML de word “qui ne doit fonctionner que sous IE” dixit les specs…

    • David Lafon Auteur du billet

      Ce que j’apprécie avec les trollers de ton genre, c’est leur franchise et leur anonymat. Cela dit, tu as un avis, c’est le tien, je le respecterai en tant que tel. Cependant, j’ai un avis qui est qu’Apple noyaute son marché et ne fait que des standards pour les cantonner et les bloquer dans un système propriétaire.
      Je ne suis pas pro-Apple, encore moins pro-Microsoft. Ces 2 firmes ont certes fait pour l’avancée du web mais pas pour l’avancée d’un web ouvert. Apple n’a jamais réellement défendu cette idée (encore moins Microsoft). Là où je suis probablement un utopiste c’est que j’ai eu la faiblesse de croire qu’un gars comme Steve Jobs était un idéaliste. En fait, son idéal était son porte-feuille et faire des standards puis les contraindre, un chemin pour y arriver. C’est juste dommage. Mais on pourrait palabrer ainsi pendant des centaines de commentaires que ça ne changerait rien. Le web est ainsi, fait de bons cotés comme de cotés plus obscurs où l’utopie a été rattrapée par l’argent et le ROI. C’est le nerf de la guerre, je peux le comprendre mais qu’on ne me fasse pas croire qu’Apple est une firme magnifique au grand coeur.

  • pfffff

    dernier truc
    “la politique générale du W3C (politique qu’Apple a accepté en entrant dans le consortium) est justement royalties free. Là où c’est encore plus navrant, c’est qu’Apple le rappelle dans sa page à propos du W3C”

    ce qui est dit :

    “To balance these conflicting interests, Apple believes that W3C should promulgate only royalty-free standards, >>>>> but should permit individual members to identify and exclude specific patents that they are not willing to license on a royalty-free basis. <<<<<<"

    tout est donc cohérent.

  • pfffff

    “Ce que j’apprécie avec les trollers de ton genre, c’est leur franchise et leur anonymat.”
    oui. j’en ai marre du Google stalking.

    tu annonces qu’Apple va a l’encontre du monde du libre, que c’est pire que MS, qu’ils trahissent des promesses… bah non, désolé pas pour moi et je te dis pourquoi.
    Apple a certains projets libres, utilise le libre, et parfois non.
    Google est big brother pour certains, qui utilisent Firefox
    IBM est une horreur pour d’autres qui développent sous Eclipse
    etc, etc.
    Après je ne sais pas pourquoi, Apple s’en prend systématiquement plein la gueule pour ne pas répondre aux exigeances les plus strictes et on leur demande tout et n’importe quoi si possible si c’est contradictoire (un portable haut de gamme mais à 500€, autonome mais ultra puissant, ce genre de choses…).
    Ou bien c’est le détail qui ruine tout le reste.
    Apple fait un smartphone dont on se sert vraiment ? “ouais mais c’est pourri, y’a pas de MMS ni de copier-coller”
    Apple met en place Webkit et bosse dessus depuis 7 ans ? “ouais mais ils ont refusé 3 applis sur leur store, apple fachos”

    • David Lafon Auteur du billet

      Quand on tend vers l’excellence, il faut s’attendre à être juger comme excellent. Comme déjà dit, Apple n’est pas parfaite (je n’ai d’ailleurs pas dit qu’Apple était pire que MS) mais aucune société qui gravite autour d’internet ne l’est et je me garderai bien d’en défendre une seule car toutes sont ambivalentes. Il faut simplement accepter la critique et bien penser que la perfection n’existe malheureusement pas. Ne prenez pas mes mots sur Apple pour une attaque personnelle… c’est d’ailleurs un mal propre aux geeks de tout poil. Essayons d’élever le débat et surtout de l’ouvrir. Cela dit, cet article est juste un compte-rendu de l’excellent Paris Web 2009, pas une diatribe contre Apple.

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